
Enquête "Engoulevent d'Europe"
Enquête "Hanneton"
Laurence DELAHAYE - Unité de Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels - Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux
L’enquête a été menée auprès des agents de la DNF et relayée par la presse naturaliste régionale.
Les données de la Centrale Ornithologique d’Aves aimablement fournies par J.-P. Jacob et les observations collectées dans le cadre de cette enquête ont été confrontées. L’intérêt et l’importance de la participation des hommes de terrain que sont les agents de la DNF se marque par l’apport de nouvelles observations non répertoriées par Aves. C’est le cas notamment dans les vallées de la Meuse (Amay), de la Lesse, de la Lomme et de la Semois et à la Croix-Scaille.

Ces observations actualisent les données de l’atlas
des oiseaux nicheurs de 1973-1977.

Toute nouvelle observation d’engoulevent d’Europe en Région
wallonne mérite d’être signalée, soit au CRNFB (t.kervyn@mrw.wallonie.be),
soit à Laurence Delahaye (delahaye.l@fsagx.ac.be),
soit à Aves (aves@aves.be).
Nous tenons à remercier tous les agents de la DNF qui ont répondu
à cette enquête :
Bodart, P., Boquet, A., Buchet, J.C., Clotuche, R., Colaux, R., Collet, P., Cornelis, J.C., Coulon, J.P., Dandrifosse, F., Defoin, L., Dricot, O., Dussart, C., Francis, J.P., Gerckens, N., Geuzaine, J.L., Gillet, J., Gonne, O., Guissart, A., Hatert, D., Hiernaux, F., Laffut, J., Lambert, J., Lecocq, P., Delforge, M., Lekeu, G., Loicq, B., Lucy, J., Maccatory, J.C., Mathieu, J., Moës, P., Mottet, G., Moyen, J., Moyen, J.L., Paquay, M., Perreaux, J.L., Pierret, A., Plumier, M., Poncelet, A., Renard, F., Rolin, J.P., Schoonbroodt, C., Sernande, H., Simon, A., Trigalet, P., Vandervoort, M.N., Wintgens, P., Wiot, C., Yansenne, A.

Le hanneton commun (Melolontha melolontha) – Photo : © T.Kervyn
S’il est bien un insecte dont la plupart des gens ont vécu la régression, c’est le hanneton commun (ou balouche en wallon). Autrefois extrêmement abondant au bord des bois, dans les prairies et dans les champs, il a connu une très forte régression dès les années 1960-1970. Alors que jadis il était si abondant qu’il pouvait causer d’importants dégâts aux cultures ou aux forêts, il est maintenant devenu très rare au point que des vols comptant plusieurs centaines d’individus constituent une véritable curiosité.
La vie aérienne des adultes est de courte durée : de 8 à 20 jours. Les individus volent de fin avril à juin durant les matinées ensoleillées mais surtout le soir, dès le coucher du soleil (Couturier & Robert 1955).
L'activité du hanneton commun se manifeste principalement le soir, au coucher du soleil. Les vols d'arrivée en forêt commencent au déclin du jour sous une très faible luminosité (50 à 10 lux). Les vols des pontes commencent moins tard, lorsque l'éclairement est encore de 200 lux environ. La distance parcourue au cours des vols crépusculaires varie selon la topographie des lieux. Elle est généralement de l'ordre de quelques centaines de mètres, voire du kilomètre.
Chez le hanneton commun, trois types de vols crépusculaires
sont distingués (Couturier & Robert 1955). Les vols préalimentaires
sont composés d’individus immatures des deux sexes qui commencent
leur vie aérienne après avoir quitté le sol où ils
ont passé l’hiver. Après un certain moment, qui pourrait
correspondre à une reconnaissance du terrain, presque tous les individus
vont partir dans une même direction, vers un endroit déterminé.
Ce site correspond le plus souvent à un bord de forêt se détachant
bien sur l’horizon.
Les vols de ponte sont réalisés par les femelles dont les oeufs
sont prêts à être déposés. Après s’être
nourris pendant une à deux semaines, ces insectes quittent le bois pour
aller pondre aux alentours.
Les vols de retour en forêt après la ponte présentent les
mêmes caractères que les vols préalimentaires. Ils sont
surtout constitués par des femelles qui recommencent un nouveau cycle
de reproduction après être restées quelques jours dans le
sol pour la ponte.
Les hannetons communs se rencontrent sur un grand nombre d'arbres, les plus visités semblent être le chêne, l'érable champêtre, le charme, le hêtre, le noyer, le prunier, le marronnier, le saule marsault. Ils se portent surtout sur les jeunes pousses dont ils sont très friands. On observe que le hanneton ne s'attaque jamais aux résineux.
Les facteurs extérieurs ont une nette influence sur le comportement de ces insectes. L’envol est sous la dépendance directe de la température du sol qui doit dépasser 10°C. Le vent, lorsqu'il devient violent, contrarie les vols, mais il est rarement susceptible de les arrêter. Une petite pluie peut parfois empêcher les départs. Ceux-ci sont souvent retardés par l'eau qui recouvre les terrains (Couturier & Robert 1955).
Cet insecte est une proie privilégiée par les rapaces nocturnes tels que la chouette chevêche (JULLIARD 1985) et par les chauves-souris (Grand Murin (SCHIERER et al. 1972, BAUEROVA 1978, ACKERMANN 1984, GEBHARD & HIRSCHI 1985, PONT & MOULIN 1986, GRAF et al. 1992, ARLETTAZ 1995, KERVYN 1996), Grand Rhinolophe (RANSOME 1996, DELAHAYE & KERVYN, 2001), Noctule Commune (MACKENZIE & OXFORD 1995), Sérotine Commune (KERVYN, 2001)) et peut constituer plus de 90 % du régime alimentaire à cette période.
Enfin, la plantation de pessières sur des prairies abandonnées en lisière de massifs forestiers feuillus a fait disparaître de nombreuses lisières feuillues. Or, ces dernières sont primordiales pour l’alimentation des adultes. Cette lisière ne permet pas le développement des hannetons : La conversion de la prairie en champ de maïs ne permet plus le développement des larves. La lisière de la pessière n’offre plus aucune potentialité pour le nourrissage des adultes. |
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Face au constat de la régression démographique de cet insecte, à son importance dans le cycle de vie de plusieurs espèces de chauves-souris menacées et à la persistance des menaces, une enquête a été menée pour mieux cerner la présence actuelle de cet insecte.
L’enquête, menée par Jean-Louis Hemptinne
(FUSAGx – Unité de Zoologie) et Thierry Kervyn (ULg - Unité
de Recherches Zoogéographiques) a été relayée par
la DNF, par les revues naturalistes et par la presse régionale.
Les résultats de l’enquête ont été complétés
par les données de la banque faunique de la Faculté des Sciences
agronomique de Gembloux et de l’Université de Mons-Hainaut
Grâce à cette enquête, un grand nombre d’observations
récentes ont pu être récoltées.
L’espèce est relativement bien distribuée sur le territoire
des Régions wallonne et bruxelloise (voir carte ci-dessous).
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Distribution de Melolontha
sp. en Régions wallonne et bruxelloise d’après les
données récoltées lors de l’ « enquête
hanneton ». Carte établie sur base de 670 données (4719 individus). Cercle noir : donnée antérieure à 1980. Triangle gris : donnée postérieure à 1979. |
La lecture de cette carte d’observation de hannetons doit cependant rester prudente car l’observation d’un seul individu peut apparaître comme une localisation sur la carte.
Le nombre d’observations du genre Melolontha est élevé
en Lorraine belge, dans la vallée du Viroin, dans le sillon Haine-Sambre-Meuse,
sur le plateau de Herve ainsi que dans la Région bruxelloise.
Les observations de cette insecte sont rares ou absentes des zones suivantes
: le plateau des Tailles, la région de Mettet-Florenne, le nord et le
sud de la vallée de la Haine et surtout le plateau hesbignon.
Le manque de données anciennes permet difficilement de dire si la régression démographique du hanneton commun a engendré une diminution importante de son aire de distribution en Région wallonne.
Cet insecte a encore été assez régulièrement observé sur le territoire wallon et bruxellois au cours des dix dernières années, à quelques exceptions près. Ceci permet de penser que si les causes de disparition de cette espèce (modification des habitats de lisière feuillue, insecticides) disparaissent, voire que des conditions favorables réapparaissent, des populations du hanneton commun pourraient réapparaître relativement rapidement dans les zones favorables.
Cette enquête a bénéficié de la collaboration efficace des Agents des Forêts (Division de la Nature et des Forêts, D.G.R.N.E., Région Wallonne). Nous les en remercions ici vivement. Que les entomologistes, naturalistes et autres observateurs, qui nous ont fait part de leurs observations et qu’il ne nous est malheureusement impossible de citer, reçoivent ici l’expression de nos plus vifs remerciements.
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Pour tout renseignement sur ce document : T.Kervyn@mrw.wallonie.be